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Patineurs passionnés cherchent skate park officiel au Liban 
Par Théau MONNET | 08/06/2012

Deux jeunes patineurs lors de l’ouverture du Pop-Up. Photo Rita Kamel

Par manque de moyens suffisants, la Lebanese Skateboarding Association (LSA) a dû écourter l’aménagement du Pop-Up Skate Park (lieu sécurisé où se pratique le skateboard) au Beirut New Waterfront. Les patineurs libanais se retrouvent encore une fois privés de terrain d’exercice sécurisé.

La Lebanese Skateboarding Association (LSA) a ouvert le 1er mai dernier, au Beirut New Waterfront, un skate park temporaire qui aurait dû rester en place jusqu’au 15 juin. Finalement, cette installation gratuite, surveillée et libre d’accès, à dû être démontée prématurément par les membres de l’association. Pour des raisons financières (notamment à cause du coût de l’assurance), la LSA n’était plus en mesure de maintenir cet espace constitué de rampes, de tremplins et autres modules de skateboard ouvert. Cette complication est loin d’être la première difficulté pour la communauté des patineurs libanais, constituée d’environ trois cents jeunes étudiants, lycéens ou collégiens (représentés par la LSA). «Nous sommes victimes de nombreux préjugés, explique l’un des jeunes qui contribuent à l’animation du Pop-Up Skate Park. Parce que nous utilisons le mobilier urbain, beaucoup de gens nous expulsent, appellent la police et nous devons parfois payer des amendes. À une période, nous patinions en bord de mer, sur une petite surface au bout de la berge, pour ne pas déranger les promeneurs, illustre-t-il. Mais au bout de trois semaines, la police est venue pour nous demander de quitter les lieux.»

Face à ce sentiment d’exclusion, les jeunes n’ont pas vraiment de structures vers lesquelles se tourner. «C’est pourquoi, après chaque expulsion, nous partons à la recherche d’un nouveau spot (lieu propice à l’exécution de “tricks” ou figures en skateboard, NDLR)», explique Khodr, un patineur diplômé en graphisme. «L’esprit skateboard ne correspond pas à ce que la société s’imagine: nous sommes passionnés, persévérants, solidaires, sportifs. Les plus expérimentés conseillent les débutants, nous faisons du skate tous ensembles quels que soit notre âge, notre sexe, notre religion. Il y a un esprit très ouvert et surtout collaboratif» ajoute-t-il.

C’est dans cet esprit citoyen qu’à été créée la LSA. Il y a deux ans, suite à une manifestation un peu désorganisée faite par une cinquantaine de jeunes patineurs réclamant un skate park public et permanent, Élias, le père d’un des manifestants, a décidé de s’intéresser aux patineurs, de les rencontrer et de discuter avec eux. Fasciné par l’énergie, la créativité et la passion alors rencontrées, il proposa aux jeunes de monter une association pour lever les préjugés sur les patineurs et leur trouver un endroit où ils pourraient patiner en sécurité, sans perturber le voisinage. «Pour le skate park permanent, nous avons trouvé de nombreux sponsors, explique Élias, nous sommes soutenus par l’Institut français, l’ambassade d’Allemagne, Solidere. Nous collaborons avec une ONG qui aide les enfants malentendants défavorisés. Clairement, ce ne sont pas les sous qui nous manquent, c’est plutôt le soutien de la municipalité. À croire que la jeunesse n’est pas une priorité municipale.»

Un lien social
L’association ne manque pas de dynamisme: elle a déjà réussi à créer le concept du Pop-Up Skate Park: une structure mobile qui se déplace de ville en ville à travers le Liban, «Il permet de sensibiliser les populations, de faire connaître le skateboard et ses pratiquants. Les jeunes essaient même de suivre le Pop-Up. Ils rencontrent ainsi d’autre patineurs dans différentes villes, ils échangent, patinent ensemble… C’est aussi l’intérêt de ce projet : créer du lien social.»

La prochaine étape à passer pour la LSA est donc l’installation d’un skate park permanent dans le pays. «Un site à été repéré à Horch Beyrouth, sur une petite parcelle ouverte, peu visitée, où il y a peu d’arbres, et à proximité de terrains de basket-ball et de football», explique Élias. «Les jeunes de l’association se sont déjà mis d’accord sur un agencement du parc respectant les normes de sécurité et la tranquillité des promeneurs », souligne-t-il.

Mais un tel projet n’est pas si simple du point de vue de la municipalité, «Le processus administratif permettant de valider une telle décision prend du temps, explique Khalil Choucair, membre du conseil municipal de Beyrouth. Bien que le skate soit un sport à part entière pour certains jeunes Libanais – voire même un mode de vie – et qu’il soit nécessaire d’encourager cette pratique, nous ne disposons que d’un nombre limité de lieux où pourrait être installé un skate park permanent.» «Mais ce dernier existera, promet Mr Choucair, c’est une question de temps, liée aux formalités administratives et aux volontés publiques.»
En attendant, bien qu’ils fassent peu confiance à l’administration, les patineurs gardent espoir et continuent à s’entraîner: «C’est aussi ce que nous apprend le skateboard, conclut Amina, jeune patineuse passionnée depuis plus de deux ans. La patience, la persévérance et cette volonté d’amélioration constante: nous savons que nous agissons pour la jeunesse de demain. Ainsi, nous espérons faire évoluer la société. »

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